Golden Door (4/10)
« Critique de Muriel-Hublet: Un film italien qui nous parle de l’émigration sicilienne aux États-Unis.
Dans ce pays pauvre, des images d’Eldorado circulent : des oignons aussi gros qu’un homme ou encore des arbres aux fruits-dollars. L’Amérique est le pays de tous les espoirs.
Mais c’est aussi un rêve coûteux.
Il faut payer son billet, échapper aux margoulins-escrocs qui bordent les quais, essayer de ne pas être victime d’un quelconque maquignon profiteur. Mais le plus terrible est qu’il faut partir avec un maigre balluchon en main et laisser derrière soi famille, passé, coutumes.
On se détruit soi-même en quelque sorte dans l’espoir de se reconstruire ailleurs et mieux.
Golden Door nous fait suivre une famille sicilienne, les Mancuso.
Il y a le père Salvatore (Vincenzo Amato), ses deux fils (dont un muet) et la grand-mère sorte de rebouteuse du cru.
Ils vivent à l’écart de tout, en pleine montagne, dans des conditions de vie presque moyenâgeuses.
Ils quitteront leur village en compagnie de deux jeunes filles à marier à l’arrivée (presque à vendre).
Sur les quais, ils rencontreront Lucy (Charlotte Gainsbourg), une anglaise bon chic bon genre, au passé ténébreux, qui s’embarquera avec eux.
Entassés dans les cales du navire, ils vivront ce voyage comme une parenthèse avant de débarquer à Ellis Island et de découvrir l’étrange accueil du pays dans lequel ils fondaient tant d’espoir.
Examen médical, test d’intelligence, vaccination, épouillage, enquête administrative, rien n’est épargné à ces gens pour qui tout est nouveau.
C’est pour eux, une intrusion violente d’un monde moderne auquel rien ne les avait préparés.
Le film est donc un mélange de considérations sur une situation vécue et parfois bien cruellement ressentie par des milliers émigrants.
Il montre les choses sans guère de fard.
S’il ne manque pas d’humour en jouant principalement sur les contrastes visuels entre les croyances de ces paysans et la réalité, il a aussi un délicieux petit côté onirique en nous montrant leurs rêves.
Golden Door pêche cependant par son manque de relief et sa linéarité.
Pas de surprises, tout y est évident. Pas d’action non plus, tout n’est qu’impressions.
Avec pour inévitable résultat que l’ensemble paraît souvent très long (le film dure quasi 2h).
Le réalisateur Emanuele Crialese est incontestablement sensibilisé par cette époque et veut nous transmettre le fruit de sa passion et de ses recherches.
Mais il s’y prend de manière un peu pataude.
Il y considère comme évidentes certaines choses. Il faut ainsi attendre bien longtemps pour savoir que nous sommes en Sicile et avoir un minimum de connaissances historiques pour situer l’action début de ce siècle. Il veut aussi aborder trop de sujets en même temps et … Qui trop embrasse mal étreint.
Il est difficile de dégager tous les thèmes abordés tant ils sont nombreux : le rêve américain et sa triste réalité, l’eugénisme pratiqué vis-à-vis des nouveaux arrivants, l’opposition entre vie ancienne et vie moderne, le respect des ancêtres et l’évolution de la vie, l’importance des valeurs familiales, les abus, l’inévitable rébellion contre ses parents, la place des femmes dans la société, …
Autant de sentiments et perceptions distincts et complexes que l’on peut ressentir ou percevoir à un moment ou un autre, mais qui seront hélas fugaces pour ne laisser en mémoire que le souvenir d’un film sur l’émigration italienne.
Et c’est un peu dommage, car Golden Door est beaucoup plus profond que ce que cette accumulation d’impressions ne laissera finalement dans le souvenir de beaucoup. »
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Date de publication : 2007-03-22
Source : http://www.roulive.com/modules.php?name=Reviews&rop=reviews_index&start=0
