Michou d'Auber (5/10)
« Critique de Muriel-Hublet: La France des années 60, en pleine guerre d’indépendance algérienne, une région, le Berry, Messaoud est placé par l’assistance publique chez Gisèle et Georges. Ce dernier, ancien militaire, a fait l’Indochine et ne brille pas par sa tolérance et son ouverture d’esprit. Pour éviter les problèmes, Gisèle (Nathalie Baye) va teindre transformer le petit algérien en vrai chtimi, elle va lui teindre les cheveux, le rebaptiser, en faire un enfant de chœur, … Michou d’Auber est le récit de ces années passées par Messaoud-Michou dans sa famille d’accueil. Gérard Depardieu est Georges et s’il a le physique et le caractère du bonhomme, il a hélas (comme souvent sauf dans Quand j’étais chanteur) tendance à Depardieu-tiser son rôle. Il en remet une (et même plusieurs) couche. Il en devient matamoresquement prévisible. Ce n’est plus un acteur, mais un Gérard dans toute son outrance. Nathalie Baye, elle, est tout l’inverse, une sorte de souris grise, un fantôme falot (Il faut donc espérer pour elle qu’elle n’a pas été payée à la prestance à l’écran). Le scénario est basé sur l’histoire réelle de Messaoud. Ce qui peut expliquer l’espèce de naïveté, de caricature des sentiments, mais n’aide pas quand même à l’accepter pleinement. Quel est le propos exact de Michou d’Auber, difficile de le dire. Il alterne l’humour (ou le pathétique) de ce qu’on inflige ou fait subir au gamin pour le franciser et le portrait d’une France raciste et revancharde. Reflet d’une époque, le film n’évoque pas assez les tensions réelles et palpables de l’époque. Elles sont évoquées mais avec légèreté et trouvent une solution simpliste (voire simplette), dans un humanisme soudain, dans une sorte d’illumination quasi divine qui transforme un Gégé franchouillard et fier ancien combattant en un apôtre pacifiste de la tolérance. Cela frise le ridicule et frustre méchamment. Après un film comme Indigènes qui parlait sur un ton très juste (et sobre) d’une situation soigneusement oubliée, on pouvait espérer que le film de Thomas Gilou fasse de même. Grosse déception donc, le film est plein de bons sentiments mais va dans tous les sens sans jamais finaliser une seule chose. D’évocations en suggestions, Michou d’Auber ressemble à une peinture impressionniste faite de petites touches, mais dont le peintre se serait contenté d’un coup de pinceau sur trois. Comme déjà dit plus haut, basé sur la vie réelle de Messaoud, la fin est convenue, le père revient, pour emmener son rejeton dans sa famille algérienne recomposée. Drames, larmes, et belles paroles pour finir par des images d’amour qui perdure par delà la séparation entre Georges le berrichon bourru et Messaoud l’enfant arabe. Tout le monde ils est beau il est gentil quoi ! (Ah non ! Ca c’est un autre titre de film). Mais trêve de sévérité, si le film déçoit certaines attentes, il réussit malgré son simplisme à jouer sur la corde de la sensibilité et cela on ne peut pas lui enlever. » Lire l'article
Flux : Cinema > Roulive.com - Critiques de films
Date de publication : 2007-02-24
Source : http://www.roulive.com/modules.php?name=Reviews&rop=reviews_index&start=0
